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DERRIÈRE L’ENGOUEMENT DU FOOTBALL FÉMININ

Les chiffres d’audience des homologues masculins sont hors de portée pour le football féminin mondial. En France le championnat la “Division 1” est longtemps restée un championnat amateur pour petit à petit, s’ériger au rang de semi-professionnel. Depuis quelques années en France et dans le monde, le football féminin gagne en visibilité et en reconnaissance. De nombreux championnats se structurent, les coupes du monde féminine attirent de plus en plus de spectateurs.
Alors comment expliquer cette dynamique ? Comment cet intérêt se traduit-il sur le football féminin de l’Hexagone ?

Incontestablement le premier sport du monde avec ses 3.5 milliards de téléspectateurs, le football a su conquérir la planète. Comment expliquer l’engouement que suscite ce sport ? Les raisons sont multiples, déjà historiquement les jeux de ballons ont toujours existé depuis l’antiquité dans les différentes régions du monde. C’est pourquoi il est difficile de connaître l’origine exacte du football. Grecs et Romains s’adonnaient à de nombreux jeux de balles, ainsi que les Chinois et les Japonais dont on peut recenser certains jeux au troisième siècle, tel que le Kemari, les joueurs se placent en cercle et doivent se passer le ballon avec le pied sans qu’il ne touche le sol.

L’explication peut également être poétique, pour Bob Marley le célèbre chanteur de reggae, la raison du succès du football est simple : “le foot c’est la liberté”.

Eugénie Le Sommer

Le football tel que nous le connaissons aujourd’hui trouve ses origines dans la soule, un jeu médiéval datant du 12e siècle. En Angleterre la soule est appelée “football” et petit à petit elle change de forme. Au cours du 19e siècle le football va se codifier et s’organiser jusqu’au premier championnat professionnel en 1888. Le reste appartient à l’histoire. Le football masculin attire toute l’attention et des sommes d’argent de plus en plus importantes de son côté, le football féminin n’a pas connu une histoire aussi linéaire.

LE FOOT FÉMININ, UNE LONGUE, MAIS COURTE HISTOIRE

Le football féminin a dû combattre en France plus qu’ailleurs la misogynie ainsi la décision de la FA en 1921 de suspendre le championnat de France de football féminin. Henri Desgrange, grand cycliste et journaliste sportif français déclarait au sujet du football féminin :

« Que les jeunes filles fassent du sport entre elles, dans un terrain rigoureusement clos, inaccessible au public : oui d’accord. Mais qu’elles se donnent en spectacle, à certains jours de fêtes, où sera convié le public, qu’elles osent même courir après un ballon dans une prairie qui n’est pas entourée de murs épais, voilà qui est intolérable ! »

Le football féminin n’est pas tout récent et pourtant son histoire semble si jeune. Cependant, il faut remonter au XIXe siècle, l’époque où le football masculin se professionnalise jusqu’à devenir un métier reconnu aujourd’hui. Lors de cette période, les femmes font partie du sport mais ne le pratiquent pas. Elles accompagnent plutôt leur mari en les supportant hors du terrain.

Chromolithographie victorienne d’une jeune femme tenant un ballon de football, publiée vers 1890. © Popperfoto /Getty Images / légende par Elle Magazine

Ce n’est que le 7 mai 1881, que le premier match de football féminin est organisé. Il se joue en Écosse. L’événement est un succès et d’autres matchs ont lieu par la suite. Malheureusement, la dure répression vient ralentir le premier essor du football féminin, pourtant poussé par des femmes voulant s’affirmer et surtout changer les mentalités patriarcales de l’époque.

Puis les Anglaises s’y mettent. Le premier club officiel est créé en Angleterre en 1895. Le British Ladies Football Club. Il voit le jour grâce à la féministe Florence Dixie, une aristocrate aventureuse. Bien évidemment, l’équipe n’est pas vue d’un bon œil par la société de l’époque. Malgré tout, le 23 mars 1895, leur premier match officiel rassemble 11.000 personnes.

Thérèse Berthe Andrée Brulé, née le 19 décembre 1897 à Saint-Dié-des-Vosges1,2 et morte le 10 juillet 1987 à Paris3, est une athlète française spécialisée dans le saut en hauteur. Sa sœur Jeanne assure le secrétariat général de la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF) à partir de 1920. © Wikipédia

En France, les choses démarrent plus lentement et ce n’est seulement qu’en 1917 qu’est organisé le premier match de football féminin à Paris. Une rencontre opposant deux équipes du Fémina Sport, un club fondé en 1912. L’équipe de Thérèse Brulé remporte la rencontre 2-0 face à celle de Suzanne Liébrard. Cette rencontre fait connaître le football féminin dans les milieux populaires. C’est après la Première Guerre Mondiale que ce dernier devient légitime. Un changement de statut qui pousse les équipes parisiennes à former le premier championnat.

Suzanne Liébrard (5 avril 1894 – 26 mars 1932) est une athlète française polyvalente 13 fois championne de France entre 1917 et 1919. Après avoir établi le record de France du 100 yards haies en 1917 en 20 s 00s, elle le porte à 14 s 02 deux ans plus tard.

La Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France (FSFSF), fondée le 18 janvier 1918, s’occupe du football féminin tandis que la FFFA (devenue FFF) gère le football masculin. Tout va bien jusqu’en 1933. Le gouvernement Vichy pourtant favorable au sport féminin, interdit de façon drastique sa pratique en 1941. Les dirigeants jugeant qu’il est “nocif pour les femmes”. Retour à la misogynie, retour à la case départ.

Il est bon de faire remarquer que le premier championnat français de football féminin a existé de 1919 à 1932 et c’était ouvert aux clubs de provinces à partir de la saison 1920-1921.

Les années 1960 voient le football féminin renaître lorsque les fédérations anglaise, française et allemande le reconnaissent officiellement durant la saison 1969-1970. La FFF fait un bond en avant dans le changement de mentalité et autorise les filles à jouer au football le 29 mars 1970. Une libération qui se voit dans les chiffres. Lors de la même année, 2170 femmes sont recensées. Ce nombre passe à 4900 l’année suivante.

Le premier championnat de France voit le jour par l’impulsion de Dominique Crochu en 1974-1975.

L’OLYMPIQUE LYONNAIS, LE FER DE LANCE DU FOOTBALL FÉMININ FRANÇAIS

L’année 2004 est à marquer au fer rouge dans les livres d’histoire du football français. Cette année là l’Olympique lyonnais rachète l’équipe féminine du FC Lyon pour en faire son équipe féminine. Le président de l’Olympique Lyonnais a une vision : Le football féminin. Persuadé que le sport deviendra « bankable » l’homme d’affaire n’hésite pas à investir dans son équipe féminine. Le budget de l’OL féminine s’élève à environ 8 millions d’euros en 2018, quand les autres clubs de la Division 1 ont des budgets qui oscillent entre 500 000 et 1 million d’euros.

L’Olympique Lyonnais célébrant le titre de championnes.

Rapidement le club rhodanien va se hisser au top du championnat, après deux troisièmes places en 2005 et 2006, l’Olympique Lyonnais remporte le championnat de Division 1 en 2007, Lyon devient au passage le premier club champion chez les filles et les garçons la même année. S’ensuivent 13 titres de champion consécutifs ! Une véritable hégémonie.

“Leur victoire en Ligue des champions a changée beaucoup de choses”

Parallèlement à la conquête de la France, les filles de Lyon mènent la conquête de l’Europe, l’objectif est de remporter la Ligue des Champions, le plus gros titre du football de club. Les Lyonnaises vont longtemps échouer dont une fois en finale en 2010 (battues aux tirs au but par le FFC Postdam).

Mais en 2011 soit sept ans après l’acquisition de l’équipe féminine par l’organisation Olympique Lyonnais, les Lyonnaises remportent la Ligue des champions. Une victoire retentissante pour le football français. Les effets de cette victoire se font ressentir dans toutes les sphères du football féminin. Les héroïnes se nomment Laura Georges, Wendie Renard, Camille Abily ou Eugénie le Sommer et la France entière connaît leurs noms. Vont suivre quatre autres victoires en ligue des champions, en 2012, 2016, 2017, et 2018.

Une quatrième Ligue des Champions pour les Lyonnaises. © L’Équipe

Leur victoire en Ligue des Champions a changée beaucoup de choses, explique Abou, entraîneur du PUC (Paris Université Club) dont l’équipe féminine joue en Régionale 1.

Beaucoup de filles ont du mal à se mettre au football pour différentes raisons et avoir cette équipe de Lyon qui remporte une ligue des champions ce qu’aucun club français n’avait jamais fait depuis au moins vingt ans ça a changé l’approche que les jeunes filles ont eue avec le football. Je pense sincèrement que je n’aurais pas autant de joueuses aujourd’hui sans les performances de l’OL.”

Cette victoire, n’a pas juste sacré une équipe ou le football français elle a également permis au football féminin de s’ancrer un peu plus dans les mœurs.

“C’est un phénomène courant reprend Abou, on le voit dans tous les sports, il n’y a jamais eu plus de spectateurs de foot en France qu’après 98, (la victoire de la France en Coupe du monde) cette victoire a fait rimer football féminin avec excellence en France. Cela a permis à beaucoup de jeunes filles de se découvrir une passion pour ce sport et a beaucoup de parents d’envoyer plus facilement leurs filles faire du foot parce qu’il y avait désormais ce côté glorieux. Ça a été très bénéfique pour nous éducateurs.”

À la fin de cette saison, l’équipe de France s’apprêtait à disputer la Coupe du Monde en Allemagne. Le 6 juin 2011 le sélectionneur Bruno Bili appelle onze joueuses de l’Olympique Lyonnais parmi les vingt-trois bleues.

LE DÉCLIC DE LA COUPE DU MONDE 2011

La Coupe du Monde 2011 a été un coup de boost pour le football féminin français. L’Équipe de France se hisse à la quatrième place dans une compétition organisée en Allemagne. Cette année est parfaite pour la visibilité de la compétition car il y aucun autre événement sportif majeur cet été-là.

Grâce à leurs bons résultats, les Bleues font la Une des quotidiens sportifs français dont trois fois sur l’Équipe. Elles se qualifient ensuite pour les Jeux Olympiques 2012, mais terminent au pied du podium. Toutes ces bonnes performances poussent alors la Fédération Française de Football a négocié les droits de retransmission télé de la D1 féminine, qui existe pourtant depuis 1992.

Les Bleues à la Coupe du Monde 2011. © France Inter

En Coupe d’Europe, elles s’arrêtent en quart de finale en 2013 et 2017, tout comme lors de la Coupe du Monde 2015 au Canada. Dans le monde du sport, les bons résultats sont toujours synonyme de bonne réception du public. Les spectateurs s’intéressent plus à une équipe qui gagne dans son sport, qu’à celle qui perd.

“Il est clair que les bons résultats des Bleues ont donné une meilleure visibilité au football féminin, et ça, les médias l’ont bien compris. Les victoires attirent le public. Et quand les gens regardent, ça fait rentrer des sous. Cela permet aux petits clubs sur le long terme d’avoir plus de licenciées. Les retombées économiques profitent à tout le monde, même si nous, à La Camillienne, il n’est pas sûr que l’on voit cet argent, mais avoir des joueuses en plus, c’est déjà super !” explique Antonin Demulder, responsable de la section féminine du club de la Camillienne Paris 12.

Cependant, le football féminin ne tourne pas qu’autour de l’Équipe de France et des licenciées. C’est tout un écosystème qui a besoin de cet engouement pour subsister. .

LE FOOTBALL FÉMININ, UNE AFFAIRE D’ENTRAÎNEUSES ET D’ARBITRES

En 2016, l’Union Européenne des Associations de Football publie des chiffres montrant l’évolution du football féminin en Europe. On constate par rapport à la saison 2015/2016, une forte augmentation du nombre de licenciées : +1,27 millions de joueuses. Chez les entraîneuses diplômées, une hausse de 31 % est visible soit 17,550 coachs de plus. Au niveau des arbitres diplômées, on en compte 10 200 en 2016.

Corinne Diacre, entraîneuse de l’équipe de France féminine de Football

Chez les pros et semi-pros, on remarque un pic de 119 % entre 2012/2013 et 2016/2017. Un chiffre qui représente 2850 joueuses. Toujours par rapport à 2012/2013, il y a eu 34 000 équipes de jeunes créées en plus.

La France fait partie des pays ayant plus de 100 000 licenciées. La liste est composée de l’Angleterre, Allemagne, Pays-Bas, Norvège et Suède.

Notons tout de même qu’en France, en 2018, le nombre de licenciées est passé à 159 128. Une hausse de 83 % depuis 2011. De plus, on dénombre 5000 clubs en activité. Pour la vice-présidente de la FFF, Brigitte Henriques, on peut encore faire mieux :

« Si on arrive à en avoir 8000 d’ici à 2019, ce sera déjà bien. »

LE FOOTBALL FÉMININ À LA TÉLÉVISION

Cette année et pour 1.2 million d’euros par saison, Canal+ a racheté les droits de diffusion des matchs à France Télévisions et Eurosport. Les deux groupes payaient 200 000 euros par saison. À l’heure où vous lisez ces lignes, le championnat est probablement terminé. Cependant le programme était fait pour permettre à un maximum de téléspectateurs de regarder le football féminin :

PSG vs OL
  • Le samedi, un match directeur et un multiplex des buts des autres rencontres dès 14 h 30
    • Les autres affiches sont en direct sur les chaînes Foot+ (diffusion à la carte)
  • Chaque dimanche, un match est diffusé sur Canal+ Sport à 15 h 00.
  • La D1 a un temps d’antenne lors du Canal Football Club, du J+1 et à la mi-temps des matchs de Ligue 1 diffusés à 17 h 00.

Ajoutons aussi que le contrat prenait en compte les droits de la Coupe du Monde féminine de 2019. Ces derniers appartenaient à TF1, tous comme les matchs de la Ligue de Champions féminine et des Bleues.

Le groupe Canal+ a beaucoup misé sur le football féminin. La chaine reconnaît son potentiel :

« C’est un produit d’appel, novateur et porteur d’espoir. »

Laurent Jaoui, rédacteur en chef de Canal +

RÉMUNÉRATION ET DIFFÉRENCE SALARIALE PAR RAPPORT AUX HOMMES

Malheureusement, la différence salariale entre les hommes et les femmes touchent le sport. Dans le milieu, la différence peut être abyssale entre les différents sexes mais aussi entre même catégorie. Les joueuses de D1 féminine gagnent en moyenne 2500 euros. Dans le cas de l’Olympique Lyonnais, l’un des meilleurs clubs du monde, certaines joueuses touchent plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois. À côté de ça, la joueuse la moins bien payée du championnat touche 750 euros par mois à temps partiel.

Pour se faire une idée, si on retire les footballeuses de l’Olympique Lyonnais, le salaire moyen de la D1 féminine passe à 1945 euros au lieu de 2500. Si on retire aussi le Paris Saint-Germain, ce salaire moyen tombe à 1800 euros. Nous sommes loin de la moyenne masculine de Ligue 1 qui est de 30.000 euros.

VERS UN NOUVEAU DÉFI !

En définitive, le football féminin est passé de l’inexistence à l’anonymat, pour petit à petit gagner le cœur des Français.

Le récent engouement autour du football féminin en France se traduit par l’augmentation des licenciées à la FFF. En effet, en vingt-cinq ans le football féminin est passé de 18000 à 100 000 licenciées dans l’hexagone. Autre conséquence l’augmentation des droits télévisés du championnat de France.

“Le football féminin ne cesse de grandir et cela les chaînes l’ont bien compris aujourd’hui Canal a fait ce que les autres chaînes en Europe ne vont pas tarder à faire c’est-à-dire diffuser des matchs de football féminin aux heures de grosses audiences”, expliquait Jean-Michel Aulas le président de l’Olympique Lyonnais il y a quelques mois.

Avec la Coupe du Monde 2019 en France, le football féminin a franchi un nouveau palier.

Le chiffre des 250000 licenciées est visé. Bientôt Football s’écrira aussi au féminin.

Tafari Tirolien & Yung Malick

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