INTERVIEW : ALI, GAMER PRO ET ENTREPRENEUR GAMING

Ali Bouhamad est un passionné de jeux vidéos depuis tout petit. Aujourd’hui, il est l’un des meilleurs joueurs FIFA dans le monde, mais surtout le meilleur, dans son pays, le Gabon.

Ça c’est Papa! Il plonge son fils dans le monde du jeu vidéo depuis sa naissance. Ainsi, le petit Ali grandit au milieu des consoles et bornes d’arcade. D’ailleurs, il n’hésite pas à remercier son papounet de l’avoir soutenu et encouragé dans cette voie. « Pour qu’un gamer devienne pro, il faut le soutien de ses parents sinon ce sera beaucoup trop difficile« . 

Plutôt bon élève, Ali Bouhamad passe une enfance paisible. Il décroche son bac scientifique au lycée René Descartes de Libreville, au Gabon. Toutefois, sa carrière dans le gaming commence plus tard.

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Du BTP aux jeux vidéos

D’origine libanaise, Ali suit son père dans ses différentes entreprises : BTP, commerce, etc.

« C’était une façon pour mon père de me donner un parachute. Il me disait souvent que si je redoublais une classe, il me mettrait directement au travail. Cela m’a pas mal poussé à me donner à fond à l’école. Après le lycée, je vais au Liban où j’étudie Math Sup, Anglais Sup afin de me préparer à mes études supérieures d’ingénieur. Sauf que lorsque je reviens au Gabon pour les vacances, je me retrouve happé dans les contrats de BTP de mon père. C’est comme ça que j’ai commencé à travailler pour lui. À ce moment-là les jeux vidéos sont encore loin. »

Notre jeune Gamer a toujours eu des facilités dans le business, en véritable touche à tout ! C’était une vie assez confortable financièrement, mais Ali a l’impression de vieillir trop vite. Près de 5 ans après, il décide d’arrêter de bosser pour son père pour tracer sa voie. Il laisse tout tomber.

« En 2016, je rencontre un certain Xavier qui vient d’ouvrir une salle de jeu. Je le contacte pour voir s’il y a une place de libre. Après échanges, il m’embauche contre un petit salaire. Les choses se passaient bien. Un jour Xavier organise une compétition sur FIFA. En tant que gérant, je décide de m’inscrire et là, je gagne la compétition alors que je n’étais pas le favori. C’est comme ça que le plaisir de la compétition est rentré. En plus j’ai gagné 200 000 Fcfa ce jour-là. J’ai compris qu’il y avait de l’argent à se faire. »

Le plaisir du jeu

Ali commence à chercher d’autres compétitions et remarque qu’il y en a plein d’autres dans la ville. Il participe à l’une d’entre elles, mais perd en finale. Cependant, il décide de s’associer avec les organisateurs. En effet, ces derniers avaient tout prévu.

« Ils avaient loué une maison entière pour l’événement. On pouvait jouer à des jeux rétros, vendre ou échanger des jeux, acheter du matériel informatique et de gaming. J’ai trouvé ça super et c’est comme ça que je me suis associé à eux. Je me souviens que lors de la compétition, j’ai commencé  à faire des échanges alors que je n’étais venu qu’avec deux jeux. J’ai réalisé un bénéfice de 35 000 Fcfa juste comme ça. Puis, l’organisateur, Yves, m’a recruté dans son équipe pour d’autres événements. »

Un mois après, la salle où Ali travaillait, ferme. Toutefois, il avait déjà commencé à lancer son petit business d’échange et de troc de jeux. Petit à petit, l’oiseau fait son nid. Aujourd’hui, Ali est une référence dans la vente de jeux vidéos et d’accessoires gaming d’occasion à Libreville.

Premiers pas chez les pro gamers

Avec son business à côté, Ali continue d’organiser des compétitions, mais constate que son associé ne le paye pas. Il décide alors de se mettre à son propre compte. Il s’inscrit alors pour 50 000 Fcfa à une compétition dont le prix est un billet d’avion. Ali décide d’y aller alors qu’entre-temps, il avait repris le travail avec son père.

« J’ai remporté la compétition et gagné un billet pour l’Espagne. Puis, je me suis dit qu’il était temps d’ouvrir ma salle de jeux et d’organiser mes événements. J’ai réussi à avoir des contacts chez Orange et j’ai été recruté afin de trouver des participants pour la Coupe d’Afrique 2019. »

Orange réserve le Centre Culturel Français de Libreville pour Ali et lui demande d’y organiser une compétition. Le vainqueur gagne un billet d’avion pour l’Égypte et la CAN 2019, pour aller y représenter le Gabon. Depuis, Ali a remporté 6 compétitions sur FIFA: trois sur FIFA 18, deux sur FIFA 19 et une sur FIFA 20.

Avec du recul, le champion se rend compte qu’il a fait tout ça non pas pour l’argent, mais surtout pour faire connaître le Gabon dans le Gaming. Il a dû faire certains sacrifices, mais aujourd’hui tout ça a payé. La veille de cette interview, il venait de gagner le match d’ouverture contre les États-Unis lors de la Coupe du Monde FIFA. Un match remporté 6 à 0.

« Je déplore seulement le manque de streamers africains et surtout gabonais, mais ça devrait arriver d’ici un an. On a déjà une bonne communauté de gamers. C’est vrai que ça ne rapporte pas les mêmes sommes d’argent qu’en Occident, mais ça devrait arriver. Aujourd’hui, le Gabon plus de 10 000 gamers amateurs et pros confondus. Ce qu’il nous manque, c’est le soutient de grosses infrastructures et surtout des investisseurs pour développer le gaming sur le territoire »

Le gaming et l’eSport en Afrique sont encore à leurs débuts comme ils l’étaient en Corée du Sud au début des années 2000. C’est seulement 15 ans plus tard que le monde a commencé à vraiment se pencher sur le sport électronique. Pour l’Afrique, il faut des investisseurs et surtout que les Africains s’intéressent à leurs joueurs présents sur le continent et ailleurs. 

« En effet, on cherche à attirer l’attention du public sur place et en dehors. Ça marche déjà bien. Lors du week-end du 24 juillet 2020, on a organisé une compétition à inscription gratuite sur PES. Il y avait 32 participants dont le champion d’Afrique, le champion du Sénégal et celui de Madagascar. Le vainqueur, est reparti avec 50 000 Fcfa. Ce genre d’organisation est possible parce qu’on a structuré notre organisation (bureau exécutif, chargé de communication, etc) et on a monté l’Association Gabonaise d’E-sports. Sans structure et rigueur, c’est bien trop difficile d’être reconnu et respecté.« 

Article précédemment publié sur www.sportnewsafrica.com

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