INTERVIEW : RICA, VOLONTAIRE DU JICA AU BÉNIN

Aujourd’hui, on rencontre une fille au grand coeur, Rica. Envoyée comme volontaire au Bénin, elle nous raconte son expérience loin de son pays le Japon.

Certains ont déjà vu ses vidéos dans lesquelles elle pile l’igname ou parle différents dialectes béninois. Vous vous êtes probablement demandé qui elle est. Elle s’appelle Rica, elle est japonaise et a été envoyée par le JICA (Agence Japonaise de Coopération Internationale) au Bénin.

UNE NOUVELLE VIE AU BÉNIN

Twenty20

Parmi les 54 pays d’Afrique, pourquoi Rica a-t-elle choisi le Bénin et pas un autre pays ?

Quand on postule au programme de volontaires du JICA, on choisit 3 postes maximum. Comme je m’intéressais aux violences faites aux femmes, je voulais travailler dans un centre de promotion social. À l’université, au Japon, j’ai étudié les Sciences Politiques et les problèmes de genres.

Ce qui a plu aux membres du JICA, c’est une de ses initiatives…

Ils ont apprécié un sondage que j’avais réalisé à l’Université. Il portait sur l’Indonésie et été axé sur une sensibilisation à la gestion des ordures. C’est comme ça qu’ils m’ont donné un poste en tant que chargée de l’hygiène et de l’assainissement à la mairie de Djougou au Bénin.

Ce qui motive principalement Rica, c’est de travailler dans un domaine qui lui plait.

Le poste dans le centre de promotion social que je voulais occuper était, comme par hasard aussi, au Bénin. Le pays où on allait m’envoyer n’avait pas d’importance car pour moi, c’est le travail et le domaine qui comptent. Mais je peux dire quand même que je voulais venir en Afrique, parce que c’était l’un de mes rêves.

BRISER LA BARRIÈRE DE LA LANGUE, SA PRIORITÉ

Cela va bientôt faire trois ans que Rica vit au Bénin et pour CYM Press, elle raconte la première fois qu’elle a posé les pieds sur le sol béninois.

 Je suis arrivée au Bénin dans la nuit du 11 juillet 2017. Dans l’avion j’étais excitée en pensant que mon séjour en Afrique allait commencer. Lorsque l’avion a atterri, les autres passagers ont applaudi le pilote pour son atterrissage réussi. À ce moment, j’ai senti l’excitation monter et j’ai pris conscience que j’étais réellement là, en Afrique, au Bénin !

Sauf qu’à ce moment-là, Rica ne parle pas couramment français… Aujourd’hui, on peut dire qu’elle a surmonté cette barrière de la langue, même si elle reste très modeste à ce sujet :

Oh même aujourd’hui je ne sais pas si j’ai pu la surmonter (rires). Je me bats toujours avec le français, je me débrouille seulement. J’étudie le français petit à petit, mais tous les jours.

Bien évidemment la JICA s’occupe d’aider les volontaires comme Rica à s’intégrer :

Dans le cadre du programme de la JICA, avant de venir au Bénin j’ai suivi une formation pendant presque 3 mois. Là-bas, j’ai appris le français efficacement. J’étudiais le français pendant au moins 10 heures par jour. Après la formation je suis venue travailler au Bénin et en travaillant je me suis améliorée en français. 

Débrouillarde et surtout déterminée à bien faire son travail, Rica a fait du français sa priorité :

Au début, comme je ne parlais pas bien le français, j’essayais de parler à mes collègues quand je n’avais pas de choses à faire. C’est comme ça que je me suis habituée à parler le français petit à petit. Et bien sûr, si je ne comprends pas bien la langue je ne peux pas bien faire mon travail. Donc pour moi la priorité était le français avant tout. 

LE T.A.N : TOUT AUTOUR DE NOUS

Les missions de T.A.N sont : la recherche-action avec une approche d’intervention dans la définition des stratégies et actions de développement local, et de promouvoir le bien-être social, culturel et environnemental durable.

Le trésorier de TAN, le président de TAN, le directeur de gestion urbain de la mairie, Rica, le deuxième adjoint du maire et le secrétaire général de la mairie

Le T.A.N est une association qu’elle a créée avec des volontaires béninois.

On travaillait d’abord sur le zonage de la ville pour la pré-collecte avec la mairie et les autres ONG qui le font, car actuellement, leurs zones d’interventions sont mélangées sur le terrain et c’est contre-productif. Après le zonage, nous réalisons un sondage afin de mieux connaitre les problèmes dans nos zones et les comportements des gens vis-à-vis de la gestion des ordures. Avec les analyses des résultats de zonage, on ajuste nos stratégies du ramassage des ordures et on les exécute. 

En plus des travaux sur le terrain, mais aussi pour les recherches, le T.A.N voudrait contribuer à la commune.

Pour le moment, il n’y a pas assez de données qui illustrent les réalités de la ville dans ce domaine… Je suppose que cette situation peut amener des politiciens à prendre des décisions inappropriées.

UNE JAPONAISE AU BÉNIN

Lors du passage dans les écoles, Rica vérifie la longueur des ongles des vendeuses.

Nous étions curieux de savoir comme elle avait été reçue dans les zones rurales du pays.

Généralement, ils sont sur la défensive ou curieux de me voir. Une fois que je les salue dans leur langue, ils sourient. J’ai arrêté d’apprendre les langues locales depuis un moment (à présent, je me focalise surtout sur le français), je n’arrive pas à avoir des discussions profondes avec les gens dans les dialectes locaux, mais mes salutations dans leur langue sont importantes pour eux.

Japon-Bénin, ce sont deux mondes différents. Peu importe où l’on va sur la planète, notre pays natal nous manque à tous. Quoi qu’il en soit, Rica ne déroge pas à la règle.

Je suis venue d’Hamamatsu, dans la préfecture de Shizuoka. C’est une ville à environ 200km de Tokyo. Le pays ne me manque pas trop, mais ma famille me manque de temps en temps. Surtout pour la fête de nouvel an 2020, j’ai eu envie de célébrer ce moment avec eux parce que le nouvel An est une fête très importante pour les Japonais, normalement toute la famille se réunit et mange ensemble. 

Loin des yeux, près du cœur comme on dit. Rica n’exclut pas l’idée de s’installer au Bénin dans les prochaines années, mais elle met sa carrière au premier rang.

Oui, ce serait intéressant, mais le travail ou la carrière me préoccupe beaucoup. J’aime le Bénin, mais sans un travail qui m’intéresse, je ne resterais pas ici. J’ai envie de travailler pour le développement des pays africains, il est bien possible que je m’installe au Benin, ou ailleurs en Afrique pour encore des années.

Visite d’une école avec le directeur de celle-ci et le président de TAN

UNE EXPÉRIENCE CULTURELLE SIMILAIRE ET POURTANT SI DIFFÉRENTE

Si je parle de la nourriture, les deux cultures, ont certains plats similaires. Par exemple nous les Japonais, on pile le riz exactement comme les Béninois pilent l’igname, et aussi au Japon on cuisine du riz avec des haricots, qui sont appelés « atashi » au Bénin. Je constate aussi des différences dans les interactions sociales. L’intérêt que l’on porte à la vie d’autrui est plus fort au Bénin. Je parle juste des expériences que j’ai eu au Japon et au Benin.

Qu’est-ce Rica entend par « intérêt que l’on porte à la vie d’autrui » ?

C’est-à-dire, mes amis béninois me téléphonent juste pour me saluer, ils me conseillent souvent alors que je n’ai rien demandé, etc. Moi je suis assez individualiste, et ce n’est pas dans ma nature d’intervenir dans les affaires de quelqu’un sans être sollicité. Du coup, ça me stressait…

Rica s’est tout de même adaptée, mais il a fallu un événement tragique pour ça…

Un jour, je me suis rendu compte que cette mentalité provenait de leur environnement. Par rapport au Japon, la mort est plus proche de nous au Bénin. Les systèmes médicaux ne sont pas aussi développés qu’au Japon, la circulation n’est pas bien organisée et les ordures ne sont pas bien évacuées… Je pense qu’il y a beaucoup de maladies, d’accidents, de mauvais accouchements, ou d’autres choses qui provoquent la mort, mais en tout cas le taux de mortalité est plus élevé au Bénin, par rapport au Japon. Quand une dame qui m’apprenait à faire du pain est décédée soudainement, j’ai regretté de ne pas être allée la saluer plus souvent. C’était trop tard pour moi. C’est à partir de là que j’ai compris pourquoi mes amis faisaient ça. Avant, je trouvais ces appels juste pour se saluer inutiles, mais aujourd’hui c’est différent. C’est important, car il est trop tard pour être gentil avec une personne déjà morte…

Rica a donc embrassé la culture béninoise comme si c’était la sienne.

POUR LES AUTRES ET POUR ELLE

Être volontaire, c’est travailler pour les autres, mais aussi pour soi. En effet, c’est une expérience collective et personnelle comme le dit si bien Rica.

Il est vrai qu’aujourd’hui je travaille pour les autres, mais simultanément, je travaille aussi pour moi, parce que mon emploi me procure de la joie et ce qui est intéressant pour moi, c’est de réfléchir sur ce que je peux faire pour résoudre des problèmes. J’aime bien le processus de réaliser mes idées en impliquant les gens. Ça me motive et m’excite tellement. Je pense que c’est l’idéal si quelqu’un fait un travail qui l’intéresse et que ce travail peut servir aussi à autrui.

Sensibilisation sur la propreté dans un collège

Rica voit grand et surtout, elle sait ce qu’elle veut faire plus tard que ce soit dans sa vie privée comme professionnelle.

Professionnellement : Je voudrais être beaucoup plus utile au développement de l’Afrique, surtout dans le domaine de la gestion des ordures. Je voudrais avoir un plus gros impact positif sur la vie des gens, des locaux à travers mon travail et rendre service aux gens qui me rendent heureuse avec leur gentillesse. C’est aussi intéressant de travailler contre un gros problème tel que celui de la mauvaise gestion des déchets. Je vois ça comme si j’étais en train de résoudre un puzzle.

Personnellement : Je veux passer du temps avec ceux que j’aime et je veux mourir avec plein de beaux souvenirs ! Puis, dans ma vie, je ne cesserais ni d’apprendre des nouvelles choses, ni de m’améliorer. Je voudrais essayer tout ce qui m’intéresse avant de mourir. C’est ça le bonheur pour moi.

Comme toujours, on termine le portrait en demandant à notre interviewée si elle avait un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait faire de l’humanitaire.

(rires) Je viens seulement de commencer, je ne suis personne. Je ne peux pas dire grand-chose aux autres. Mais si je devais dire une chose, ce serait ça : « Pour réaliser quelque chose, il faut du temps. Avec la patience et le courage, un jour, on y arrivera ».

Mise à jour (9/03/2020) : Rica a été volontaire du JICA de juillet 2017 à juillet 2019. Depuis octobre 2019, elle est revenue au Bénin personnellement pour travailler avec l’ONG T.A.N.

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