SAVEZ-VOUS CE QUI PASSE AU NIGÉRIA ?

La brutalité policière ne touche pas que l’occident, elle touche aussi l’Afrique et dans ce cas le Nigeria où les populations manifestent leur ras-de-bol.

Les conflits et les manifestations ont toujours fait partie de l’histoire de l’humanité. C’est dans notre nature de nous rebeller face à l’oppression et à l’injustice. Seulement, de nos jours, les choses sont plus visibles. Le numérique y est pour quelque chose. On assiste à une prise de conscience sur les 5 continents de la planète. L’année 2020 est une zone de turbulences. On ne sait pas quand est-ce que l’on va atterrir. Cependant, il est de plus en plus difficile pour les puissants de ce monde, de cacher leurs erreurs. C’est le cas au Nigeria. Les manifestations contre l’unité de police nommée SRAS ont pris de l’ampleur. Celles-ci confrontent le gouvernement du pays le plus peuplé d’Afrique.

TOUT A COMMENCÉ…

Alors qu’en occident, les rues se parent d’orange et de noir pour célébrer Halloween comme chaque mois d’octobre, les Nigérians ont décidé de sortir dans les rues. On ne parle pas de déguisement, mais on parle de ras-le-bol. Le SRAS pour Special Anti-Robbery Squad est accusé depuis des années de harcèlement et d’abus par les populations. Pourquoi maintenant alors que ça fait des années que ça dure ? Tout a commencé à cause d’une vidéo. Celle-ci montre un agent du SRAS en train de tirer sur un homme dans l’État du Delta. Un agent de police qui tue un homme ? On a trop vu ce genre d’images…

Suite à cette vidéo devenue virale (âmes sensibles s’abstenir), les gens ont commencé à manifester de façon pacifique. C’est comme ça que l’hashtag #EndSars est né. Pour ceux qui ne le savent pas, le Nigeria compte 206 millions de personnes. C’est sans compter toute la diaspora nigériane aux USA et en Europe. D’ailleurs, les expatriés ont tout de suite montré leur soutien à leurs frères et sœurs restés au pays. De citoyens lambdas aux célébrités comme Wizkid ou Davido, nombreux ont relayé la vidéo et appeler au soutien international.  Dans tout ça, je ne vous ai pas encore bien expliqué ce qu’est le SRAS. J’y viens.

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C’EST QUOI LE SRAS ?

En 1992 (date des JO d’été de Barcelone et de la fin de la Guerre Froide), le SRAS est créé. Cette unité de police dont l’acronyme signifie Brigade Spéciale Anti-Vol voit le jour pour lutter contre les crimes violents, les vols à main armée et les vols de voitures. Au fil du temps, cette unité est devenue pour beaucoup de Nigérians, le synonyme de ce qu’elle devait arrêter. Évidemment, leur brutalité dirigée vers les civils a été remarquée par Amnesty International et d’autres groupes de défense des droits de l’homme. La liste part de viols à extorsion en passant par des exécutions extrajudiciaires.

Aujourd’hui, le #EndSars est un moyen pour les victimes, de partager leurs témoignages. Malheureusement et pour ne pas changer les choses, la police a d’abord nié. Puis, elle a reconnu, après les manifestations, qu’il y avait en son sein des agents « indisciplinés et non professionnels ». Vous connaissez la suite… » Ces personnes feront l’objet de mesures disciplinaires, bla bla ». 

Bien sûr, ce n’est qu’un de point de vue partagé par une partie de la population. Quand on regarde dans le nord-est du pays, le discours est différent, car la situation y est différente également. Là-bas, le gouvernement combat Boko Haram depuis dix ans et le SRAS est vu comme une force de combat efficace. En même temps, on a envie de dire que lorsque Boko Haram est dans les parages, on n’a pas vraiment le temps de brimer les villageois…

AU NIGERIA, LA JEUNESSE PERD PATIENCE

Le Nigeria a une moyenne d’âge, accrochez-vous bien, de 18 ans. C’est la population qui a la croissance la plus rapide du monde. Selon le Wall Street Journal, le pays devrait devenir la 3ᵉ nation la plus peuplée au monde d’ici 2050. Cette même jeunesse est celle derrière les manifestations débutées en octobre. Plus de 250 000 dollars ont été recueillis pour aider les manifestants en difficulté (aide médicale, sécurité privée, etc). En plus de donner de la voix, ils s’entraident et ça, c’est beau.

LE GOUVERNEMENT NIGERIAN DANS TOUT ÇA ?

L’ancien général devenu président, Muhammadu Buhari, a fait une déclaration télévisée. Dans celle-ci, il a annoncé qu’il dissoudrait le SRAS. Depuis, une nouvelle unité, le SWAT a été formée. Ses agents recevront une formation sur la conduite de la police et le recours à la force par le comité international de la Croix-Rouge. Donc, si je récapitule bien. Il y a une unité qui fait n’importe quoi, on en met une autre en place, en s’assurant qu’elle fera mieux. Qu’en est-il des agents du SRAS pas encore puni ou identifiés ? « Il risque de se fondre dans la masse » disent certains manifestants. C’est un risque effectivement. On sait très bien qu’une fois mélangés aux autres, on ne les retrouvera pas de si tôt. 

En face, on a aussi les politiques et responsables militaires qui commencent à vouloir détourner le problème. Ils parlent de manifestations devenues politiques et qui se tournent vers l’anarchie. Qu’est-ce qui a suivi derrière ? Des coups de feu à balles réelles ont été tirés mardi 20 octobre. Bilan ? Douze personnes tuées au péage de Lekki à Lagos, la capitale du pays d’après Amnesty International. Pour le gouvernement, il n’y a pas eu de morts. Toutefois, le président Buhari a appelé les Nigérians à être patients sans jamais évoquer la fusillade du 20 octobre.

Lagos, Nigeria

UNE DIVISION ENTRE LES MANIFESTANTS ?

Souvent après un événement tragique comme celui-ci du 20 octobre, les cœurs chancellent, les esprits tanguent et les opinions divergent. Au sein du mouvement, on peut désormais faire la différence entre ceux qui veulent mettre l’accent sur les violences policières et ceux qui veulent en profiter pour appeler à un changement plus fondamental. C’est souvent le cas dans ce genre de manifestations. On y voit toujours l’occasion d’aller plus loin, de profiter du moment pour changer un maximum de choses. Le problème est que sans leadership, ce n’est pas si simple. Le message que l’on veut envoyer peut en ressortir confus. Quoi qu’il en soit, la politique fera toujours partie de ces mouvements à un moment ou un autre. 

QU’EN PENSE LE RESTE DU MONDE ?

Encore une fois, les présidents africains ont gardé le silence. Honnêtement, ça ne m’étonne plus. En revanche, c’est des stars comme Kanye West exhorter les gens  à soutenir les manifestants. Le gouvernement britannique, l’Union Européenne ou encore Joe Biden, ont montré leur inquiétude face à cette situation. Que ce soit par un appel aux dons  ou des manifestations organisées par les diasporas nigérianes dans les capitales africaines, le monde est au courant et le fait savoir. Même l’Union Africaine a appelé au dialogue… C’est quand même drôle de voir que l’UA bouge son « petit doigt », mais individuellement, aucun chef d’État africain n’ose s’exprimer sur les problèmes de leurs confrères… Vous me direz, comment critiquer la pelouse du voisin quand la mienne n’a pas été tondue depuis que j’ai emménagé ? 

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