INTERVIEW : YA MINKO REVIENT SUR SON TITRE ENGAGÉ « RESET » !

Sorti après le meurtre de George Floyd, Reset de Ya Minko est un titre très engagé. Vivant aux USA, l’artiste gabonais revient sur sa création.

Reset est inspiré du mouvement Black Lives Matter. Comment as-tu vécu ces événements, toi qui vis aux USA ?


Reset est inspiré par les manifestations qui ont suivi le meurtre de George Floyd par Derek Chauvin. Étant un homme noir vivant aux US, c’était un « reality check » de plus pour moi. Un rappel qu’à tout moment, nos vies peuvent être traitées comme si elles n’avaient aucune valeur, et que lorsque nous ne réagissons pas, la société continue d’avancer comme si de rien n’était. Le courage, motivé par la douleur et le désespoir des personnes qui se sont levées en premier pour crier à l’outrage et réclamer justice m’a inspiré à utiliser ma voix, m’éduquer et réfléchir à des moyens actifs de m’impliquer au niveau où je peux le faire, avec ce que je sais faire.

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Parle-nous un peu de ton troisième couplet dans lequel tu pointes du doigt plusieurs choses.

Le 3ᵉ couplet de « Reset« , et le visuel qui va avec, abordent l’aspect international du problème, faisant le parallèle entre les complexités des réalités de l’Amérique post-esclavage / l’ère Jim Crow / la ségrégation / le Mouvement des Droits Civiques et celles de nos différents pays en Afrique post-colonisation / guerre froide.

Bien que nuancé dans sa manifestation sur les différents continents, le problème de l’oppression des populations noires du monde et ses conséquences est une constante réelle depuis des centaines d’années. Chaque rappel est douloureux. Cela devrait être évident que les manifestations Black Lives Matter, et nos demandes d’amélioration du traitement et des conditions d’existence de la population noire dans les pays où on habite, sont largement justifiées et doivent impérativement être prises en considération. Malheureusement, elles sont reçues avec un haut niveau de déni, et de gaslighting venant des systèmes européens et américains qui feignent l’incompréhension vis-à-vis de la source de la colère de la communauté noire et ses alliés de combat. C’est cela qui m’a poussé à écrire la chanson telle que je l’ai écrite. D’où le « that’s why we out in these streets. If we don’t you’ll tell your kids it never happened / C’est pour ça que nous sommes dans les rues. Si on ne l’est pas, vous direz à vos enfants que ce n’est jamais arrivé » et le ton du dernier couplet et les images associés…

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Qui a travaillé sur Reset avec toi ?

J’ai travaillé sur « Reset » avec Ricky Beatz. J’aime beaucoup collaborer avec lui parce qu’on se comprend artistiquement. Nos univers s’apparentent et je suis un gros fan de son style de production.

Il m’avait deja envoyé la prod, parce qu’on travaille deja depuis quelques années sur un projet ensemble qu’on appellera « To Live Another Day ». Lorsque l’inspiration m’ait venue, j’ai écris dessus parce que l’energie de sa composition complétait bien ce que j’avais en tête lyricalement et en terme de performance.

Ensuite on s’est envoyé le morceau plusieurs fois pour décider de la direction finale. Il a ajouté les voix de fond que vous pouvez entendre sur toute la chanson et on s’est accordé sur la date de sortie.

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Mais Ricky n’est pas le seul à t’accompagner sur Reset.

J’ai aussi travaillé avec des artistes qui m’ont prêté leurs voix pour le refrain tels que Erwin Dollar, un artiste/producteur camerounais basé en Virginie (avec qui j’ai travaillé sur « You » et « #1 Gal »), Mawa Keita, une vocaliste/artiste/producteur Guineo-Americaine, et une artiste gabonaise multi-talentueuse dont je tairais le nom parce qu’elle n’aime pas les mentions publiques, mais je tiens quand même à la mentionner et la remercier pour ses priceless contributions dans son anonymat.

Reset est sorti pendant le BLM et Pacing pendant le confinement. On peut dire que tu es un artiste qui vit avec son temps ou bien ?


On peut dire ça oui. Ma musique est majoritairement guidée par mes émotions. Mon processus de création musicale a toujours été une manière pour moi d’observer mes pensées et mes émotions. Du coup, lorsque les événements extérieurs et mes pensées se rencontrent dans un espace émotionnel et mental intense, des morceaux comme « Pacing » et « Reset » émergent.

Que nous prépares-tu pour la suite, dans un monde qui cherche à retrouver sa « normalité » ?

Définis normal haha. Déjà, je ne pense pas que l’on retrouvera une vie « normale » jusqu’à mi-2021 peut-être. Je ne suis même pas sûr qu’il y ait un réel « normal » vers lequel retourner. J’en parlais récemment avec une amie proche. On est où on est et on s’adapte en essayant d’investir dans un futur qui prendra en compte tout ce qui s’est passé.

Les vies de beaucoup ont été changées d’une manière telle que quasiment tout est à revoir, et on a sûrement plus à gagner dans la création ou l’adaptation de nouveaux modes de pensée et d’activité qu’autre chose. Un équilibre entre ce qui nous manque dans ce dont on se rappelle, et ce qu’on peut faire du futur en tirant des leçons par rapport à ce qui nous est arrivé.

Du coup pour ma suite, artistiquement, c’est un mélange entre les projets que j’ai mis en pause il y a quelque mois, et de nouvelles idées, sonorités, et concepts. Par exemple, je m’apprête à sortir un EP que j’ai écrit et enregistré en environ 5 jours « Catharsis » qui n’aurait jamais eu besoin de voir le jour si les 9 derniers mois ne s’étaient pas écoulés comme ils l’ont fait pour le monde et par extension pour moi.

Je travaille aussi sur des projets collaboratifs avec Ricky, Munty (un producteur gabonais incroyable basé au Ghana, vous entendrez bientôt), Hokube, une sélection de musique personnelle, et quelques sons avec Fenix.

Je pense que la majorité de ma musique va devoir attendre 2021 pour vraiment voir le jour, mais entre-temps je lâcherai toujours un ou deux sons, et quelques vidéos, pour partager mon processus, et donner une idée des différentes directions que je prends artistiquement

Retrouver la musique de Ya Minko sur YouTube Music, Spotify et Deezer.

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